Les jours heureux .
Septembre 2001 - Octobre 2002
Ethan parle.
Celine parle.
L'amour débarque à l'improviste, comme par effraction. Un instant, & plus rien n'existe. Soudain, tout est hors norme. Soudain, la vie ne fait plus peur .Soudain, on a le coeur en flammes, la tête à l'envers, un vide au creux du ventre. On vit en apesenteur, on a le coeur qui tremble, les idées Upside down.Soudain, vous avez du sang neuf, un coeur nouveau, les idéées plus claires. Vous ne respirez plus que par elle. Parce qu'elle vous a délivré de vous. Vous avez faim de sa peau, de ses lèvres, de l 'odeur de ses cheveux. Désormais, c'est elle qui a les clés. De la porte du paradis. De celles de enfers. Sans lui, vous n'êtes qu'attente. Parce qu'il vous fait vivre vite, parce qu'il vous fait vivre fort. Vous vous enivrez de cette complémentarité qui devient dépendance. Car au fond, vous n'avez toujours voulu que çà, les effusions du coeur, les diffusions du sang. Dehors c'est le chaos, le froid, les lettres à l'antrhax, l'invasion de l'Afghanistan, Daniel Pearl qu'on décapite. Mais vous ne vivez plus de ce monde. Vous avez créé votre propre sanctuaire, un royaume douillet qui ne compte que deux habitants. Dans nos nuits Américaines, tout est partage & abandon. Ma tête posé sur son épaule. Nos cheveux emmêlés. La musique sourde du sang dans mes veines. Les cognements de son coeur qui se mélangent aux miens. Deux jours, & elle reprend son avion. Je l'accompagne à l'aéroport. A chaque fois la même question : ou trouver la force d'attendre quinze jours avant de la revoir ? Dans le métro qui me rammène à Manhattan, le goût de sa bouche sur mes lèvres. Dans le livre qu'elle m'a offert, une phrase soulignée qui me fait sourire : Est-ce que l'amour rend idiot, ou n'y a-t-il que des crétins pour tomber amoureux ? Chaque fois que je le quitte, un vide comme une morsure. La tristesse de Roissy. La douche glacée de la vraie vie qui reprend le dessus. Le soir, seule dans mon lit,je deplois un écran gigantesque. Dans ce cinéma de mes rêves, ou je suis la seule spéctatrice, je me projette à l'infini la scène de nos retrouvailles. A l'aéroport je la regarde courir vers moi. Dans mon organisme, un big-bang biologique, un cocktail hormonal de phénomènes & d'adrénaline qui se déchaînent. C'est ce que j'ai vécu de mieux dans ma vie. Mieux que ce que je vivrai jamais. Mieux qu'un concert de Mozart ou je serais au premier rang.Vacances de Nöel à New York. La ville craque, paralysée par un froid polaire. Pendant une semaine nous ne quittons pas son petit appartement de Greenwich village. Quarante mètres carrès de bonheur ouaté : La surface du pays de notre amour. Par la fenêtre, les flocons de neige, les lumièresqui clignotent, le givre sur les vitres. A l'interieur, chaleur des corps & souffles qui se mêlent. Festin de chamallows & lait de coco. Lecture près du rechaud. Ses livres sont psycho, mes romans de Modiano. En BO, ses vinyles de saxo, mes CD de Bono." Parce que je t'aime "Une petite boutique de tatouage dans l'East village. Le lendemain de la première fois ou il m'a dit "je t'aime". L'aiguille court sur mon épaule, gravant par petite touche une inscription en arabesque. Un signe indien utilisé par les membres d'une encienne tribus pour qualifier l'essence du sentiment amoureux : un peu de toi est entrè en moi pour toujours & m'a contaminée comme un poison. Une épigraphe corporelle a porter comme un viatique pour affronter la vie lorsqu'elle sera moins douce. _ ça vous fait mal ? s'inquiète le tatoueur . Je regarde l'aiguille qui injecte l'encre sous ma peau. C'est douloureux & ça apaise. Comme l'amour.
Les jours sombres.
Octobre 2002 - Aujourd'hui.
C'est plus qu'une intuition, c'est une certitude, terrible & innatendue : vous représentez un dangers pour Céline, car vous portez la mort. Cette conviction vous tombe dessus subitement & s'accroche à vous comme une sale maladie. Elle vient vous chercher dans votre sommeil, s'acharne physiquement, ne vous épargne rien, ni les migraines atroces qui vous font vomir, ni les visions d'horreurs qui vous saisissent sans que vous puissiez les repousser. Ce n'est pas une depression, pas un délire, pas une lubie. C'est une force inconnue, puissante & effrayante, avec laquelle on ne transige pas. Un signe envoyé d'un quelque part ou l'on ne veut pas aller par un quelqu'un que l'on a pas envie de connaitre. Une urgence devant laquelle on ne peut que s'incliner, sans chercher à comprendre. Une voix qui sans cesse murmure : Si tu veux qu'elle vive, quitte-là ! Je ne guerrirais pas de cet amour. Tu m'as pris ma lumière, ma sève, ma confiance. Mes jours sont vides, ma vie est morte. Je fais juste semblant. De sourire, d'écouter, de répondre aux questions. Tous les jours, j'attends un signe, un geste. Que tu me délivres de ce trou noir dans lequel tu m'as laissée & que tu me dises pourquoi. Pourquoi m'as tu abandonnée ? Le coeur démoli, je descends la 5e Avenue. Etranger à la vie, je me laisse porter par le flux des passants. Pour la premiere fois, l'énergie de cette ville me détruit. Elle ne me porte pas, elle m'enfonce. Je m'étais cru à l'abri de ça : des sentiments, de l'amour, de la confiance. Mais je ne l'étais pas. Champs Elysées. Je marche dans le Paris de Novembre. Jour de pluie & de tristesse, malgrès les illuminations de Nöel qu'on installe. Lorsque l'on perd l'amour, on a tout perdu. J'évite les regards, les couples qui s'embrassent, ceux qui se tiennent la main. Forteresse de solitude. Capitale de douleur. Au fond de ma tête, une phrase me refait surface. 1992, lycée Paul Eluard. Souvenir déjà lointain du bac de francais. Un poème auquel, sur le moment, on ne prête pas attention & qui, des années plus tard, vous prend à la gorge? J'étais si près de toi que j'ai froid près des autres.